Hélène Collet

Rédactrice culturelle

Écrire…

Si ma vocation pour l’écrit ne remonte pas particulièrement aux prémisses du cours préparatoire, je m’en rappelle pourtant comme de la période de mes premiers « pourquoi » emphasés, prolongés, qui proviennent précisément des innombrables heures passées à pondérer la présence de cet emplacement perforé comme poinçonné à l’extrémité droite de mon poste d’écolière. L’encrier. Tout part de là.

Si cette considération disproportionnée pour l’encrier paraissait déjà quelque peu « pointless » à l’époque des années stylo-bille et stylo-plume, la pirouette temporelle semblerait d’autant plus pauvre et périlleuse aujourd’hui si l’on parcourait uniquement le point de vue de la prouesse technologique d’une production désormais de plus en plus dématérialisée.

Même s’il fut évidé de son contenu originel, le contenant physique n’en demeure pas moins symbolique. Sans plus longues digressions autour du réceptacle à pensées et propos, l’encrier dépeint le point de départ d’une réflexion sur l’importance de la transcription des idées quelles qu’elles soient en mots, phrases et paragraphes intelligibles et structurés. À l’heure où l’efficience du message à communiquer est toujours plus impérative, la constance singulière du fond et des règles qui le régissent perce a contrario d’une forme plus périssable. Tout est parti de là.

Écrire, malgré le pourcentage de perte, pour l’écrivain, intrinsèque à l’expression artistique in fine – par opposition à la conception artistique a priori -. Écrire pour, malgré le pourcentage de perte, pour le rédacteur, induit par la notion de passation de contenus dans la prestation extérieure. Aussi, écrire, à la faveur précisément d’une quête de la quintessence de l’idée couchée et composée, à la linguistique et à l’artistique les plus aboutis possible.

Si écrire est un art, écrire sur l’art n’en fait pas un art au carré mais souligne la double exigence d’un travail de transcription qui doit être carré dans la perspective ultime du triptyque diffusion-transmission-appropriation.

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EZ3kiel – Présentation « LUX » (2014)

Trop souvent verrouillé dans la chambre noire d’une musique inqualifiable et inclassable, EZ3kiel a su, en l’espace de vingt ans, lever le voile sur les gravitations stylistiques attribuées à l’aveugle entre électro, dub, rock, voire classique et symphonique. Bien plus sensible à la création d’atmosphères, le groupe tourangeau sonde en vérité l’échelle et la volupté des émotions et des auras humaines lorsqu’il explore la densité des outils sonores, graphiques et visuels, des plus primaires aux plus technologiquement élaborés. Concepteurs, techniciens, producteurs, réalisateurs, etc., ces musiciens sont partis en quête de l’inventivité absolue via de multiples collaborations et autant d’expérimentations artistiques. De la boîte à musique enchanteresse d’un Yann Tiersen ou la pop gracieuse d’un Nosfell, au rock sombre et lumineux de Hint, en passant par le classique expérimental des Flamands de DAAU, des chercheurs du CEA, des orchestres de conservatoire, etc., les projets des membres d’EZ3kiel sont polymorphes. Ils subliment en une réalité augmentée les quelque dix opus que recense la discographie en 2014, autant de chapitres et autres séquences cinématiques à la technicité de haut vol, qui viennent indissociablement éclairer un leitmotiv scénaristique luxuriant. Reposant sur un antagonisme dual entre le révolu suranné et le contemporain d’une part, la douceur onirique et la dureté machinale d’autre part – l’un et l’autre, l’un dans l’autre -, l’œuvre intemporelle d’EZ3kiel joue sur l’uchronie, une science-fiction baroque d’imagination dont les musiciens retranscrivent en live l’illusion brute dans une esthétique sculpturale magistralement interprétée et mise en scène.

Maestro d’un rétro futurisme qui, entre les tournées « Naphtaline Orchestra » et « Extended » et l’exposition « Les Mécaniques Poétiques », a rayonné sur l’ensemble du territoire ces quatre dernières années, EZ3kiel n’en a pas perdu son latin pour autant. Magister des nouvelles technologies au service d’une musique cinématique électro rock et d’une scénographie de luxe, le quatuor de Tours revient comme à l’origine de toute créativité et de toute ingénierie qui en révèlent la densité : la lumière.

« LUX » est l’élément sine qua non qui, après la musique et l’image, vient irradier une œuvre de près de vingt ans qui résidait dans un espace-temps fait de dissonances fantasmagoriques mais jusqu’alors toujours photosensible. Le nouvel album perpétue la ritournelle imaginaire « cyber-lyrique » fort inspirée, en la quantifiant de cette nouvelle unité de mesure ponctuée de trois lettres et l’auréolant de son substrat, quelque part entre rencontre du troisième type et troisième millénaire. Avec « LUX », EZ3kiel nous restitue dix morceaux complétés de quatre titres bonus, composés à la lueur d’un travail toujours plus poussé en dispositifs technologiques et installations scéniques qui imbriquent projections, lumières, lasers et robotique au sein d’un même support. Exit l’expression calfeutrée des errements fluctuants de l’affect, le temps est au post rock ambiant, plus éclatant.

Angélique Ionatos – Présentation « Reste la Lumière » (2015)

En près de 20 albums, Angélique Ionatos s’est imposée comme la voix légataire des esprits lyriques grecs les plus illustres. Métaphores et autres paraboles poétiques et mythologiques prennent vie dans ses compositions à la lisière de l’expression théâtrale voire cinématographique. Et c’est à ce titre que l’artiste grecque, auréolée de prix, a multiplié les collaborations créatives depuis les années 1980.

Avec Reste la lumière, Angélique Ionatos perpétue son gimmick de mise en musique de poètes grecs. A cette différence près que, depuis son dernier album, presque dix années se sont écoulées, celles d’un cycle apocalyptique si l’on s’attarde sur le contexte économique et politique de son pays d’origine.

Manifeste hellénique à la gloire d’une civilisation ancestrale qui constitue l’un des piliers culturels de l’Occident, Reste la lumière est porté par la résolution de fournir une réponse poétique – si ce n’est un cri – à la perte de repères idéologiques d’une Grèce et, a fortiori, d’un continent tombé de Charybde en Scylla ces dernières années.

Là où Angélique Ionatos perce avec acuité, c’est justement lorsqu’elle nous invite à considérer les cycles temporels et l’invariabilité de l’avancement perpétuel (titres : Début du monde, Et si l’arbre brûle, Le bateau fou, La route, Anatolie), pour un peu qu’on s’en donne les moyens humains et humanistes (titres : Courage, L’équation de l’amour, Habitudes, Aimez vos prochains).

C’est ainsi qu’Angélique Ionatos trouve une nouvelle genèse. Armée de sa guitare à la ferveur gitane et de sa voix grave à la puissance achilléenne talonnée d’un éraillement qui « thrène », elle reste fidèle aux maximes de prédilection qui l’ont hissée au Parthénon des artistes grecs incontournables tant en France qu’à l’international. Et aujourd’hui, elle se réalise au travers d’une finalité plus aboutie et engagée, parnassienne et combative à la fois. En cela, la compositrice de Reste la lumière incarne, à la fois, Mes sœurs sorcières, Perséphone et Anges féminins ou l’ambivalence-racine d’une femme, porteuse de l’origine du monde.

Reid Hope King – Présentation (2014)

Mélange calculé de bass music, drum’n’bass et de hip-hop dans sa plus pure tradition américaine, Reid Hope King DJ-tise les fonctions d’un dubstep nouveau, à mi-chemin entre le trap et le kuduro.  Syncopés de sonorités vintage de synthé et d’interjections gutturales de voix samplées, les breakbeats sont shuntés et le sub puissant mais compressé jusqu’à l’étouffement du son en un ressenti physique et organique détergent. Texas instrument de l’électro, Reid Hope King s’inscrit dans la lignée des Bro Safari ou Zeds Dead, mais aussi de son compatriote Son of Kick qu’il rejoint dans la maîtrise d’un rythme tendu au traitement du son épuré, baignant dans une atmosphère acide et caverneuse. Après un premier set affûté déployé à l’automne 2013 à L’Echonova, à Saint-Avé (56), Reid Hope King s’attardera du côté des Transmusicales à Rennes avant la sortie d’un maxi 4 titres (X-Ray Production) prévu pour la fin de l’année.

Miossec + Ladylike Lily @ L’ECHONOVA

A l’aune du « rock mal léché » distillé depuis Boire en 1995, le neuvième opus Chansons Ordinaires du Brestois Miossec relève presque de la plaisanterie auto-dérisoire d’une fin de soirée arrosée… A vrai dire, si le contenant est censé faire (r)appel, jusque dans les titres de ses onze morceaux, à une imbibition populaire de chansons d’avant-guerre, le contenu, brûlé, est définitivement signé Miossec. L’Echonova retrouve donc, pour la seconde fois, un répertoire jamais psalmodié, toujours viscéral, aux « shots » d’éraillement tant vocal que lexical. Avec, en bonus, trois nouveaux compères musiciens qui balancent l’épuration instinctive d’un « new band ». Aussi, en prémices, la mise en bouche sera idéale grâce à Get Your Soul Washed, premier album de Ladylike Lily, passée du solo au groupe. Sous couvert d’arrangements frais et enchanteurs, les Rennais teintent leur folk expérimental d’une subtilité presque mystique.

Chinese Man – Présentation « Chinese Man Records 10 Years Tour »

Au-delà des chinoiseries qui ont baptisé et esthétisé leurs sonorités jusqu’à leur identité, et ce dès leurs premiers maxis compilés sous The Groove Sessions Vol. 1 (2007), le trio phocéen Chinese Man est un collectif « patchwork » par excellence. Depuis maintenant dix ans, les DJs Zé Mateo et High Ku et le beatmaker SLY unissent et transcendent les couleurs culturelles universelles. Dans un abstract hip-hop zen et dansant, les samples musicaux, cinématographiques voire poétiques – plutôt occidentaux, toujours classieux – oscillent des « Oldies but Goodies » américains aux références plus contemporaines. Outre les sorties de The Groove Sessions Vol. 2 (2009) et Racing With The Sun (2011), le groupe prolifère en tant que label éponyme et cultive l’indépendance d’esprit de sa « confrérie » qui compte près d’une dizaine d’artistes et au moins autant de maxis et albums produits.

Deluxe – Présentation « Chinese Man Records 10 Years Tour »

Un premier EP fin 2011, une tournée de près de 100 dates en 2012, un Taratata, une programmation sur Radio Nova et France Inter, une BO de film, un premier album – The Deluxe Family Show – sorti en septembre 2013… La productivité frénétique de Deluxe n’a d’égal que les superlatifs intarissables qui abreuvent les performances scéniques habitées de ses six membres. Entre les inspirations jazzy, les sonorités électro-disco-funk et les aventures ponctuelles tantôt rock-dubstep, tantôt acoustiques, la griffe majeure est celle d’un groove imparable. Convoqué au répertoire d’un « [hip hop à] sa propre recette musicale, unique en son genre » et au mantra revendiqué (la moustache), le groupe lancé en 2007 autour d’happenings urbains arbore une (af-)filiation à Chinese Man qui était presque courue d’avance. Deux ans plus tard, le coup de « booster » attisé par le label est plus que probant.

Taiwan MC – Présentation « Chinese Man Records 10 Years Tour »

« MC attitré de Chinese Man » depuis la sortie du single Miss Chang suivi de l’album Racing with the sun en 2011, Taiwan MC, performer vocal depuis 2004, tourne dans la foulée sur plus de 150 dates avec le groupe. En juin 2013, il délivre son premier EP 6 titres Heavy This Year, quatre ans après avoir rejoint les rangs de Chinese Man Records. En solo, il porte son projet, riche des apports du label « crew » qu’il convie tant pour la production du titre éponyme (Chinese Man), que pour un featuring (MC Plex Rock) et la réalisation du vidéo clip du titre Roll It Up (Fred & Annabelle). Toutefois, son univers est aussi travaillé avec plusieurs producteurs dont le DJ S.O.A.P. qui, à ses côtés sur scène, rythme la diversité de ses influences hip-hop, ragga, dubstep et électro.

Fanfara Electronica – Présentation @ festival Nozorama 2013, Vannes

Authentique collectif « shaker » jouant sur l’alliage de bass, de rythmes et sonorités des Balkans, de voix ragga et hip-hop, poussant tantôt jusqu’à l’ « old school », tantôt jusqu’à l’électro, Fanfara Electronica réunit quatre musiciens de la scène rennaise du Balkan-Beats et de l’Electro-Swing. Déroulant un concept musico-culturel déjà fort abouti malgré leurs à peine deux ans d’existence, ils déploient toute la fougue de leur patchwork futé et grisant aussi bien lors de leurs soirées estampillées Balkan Hybrid Party que dans le cadre de leur émission de radio dédiée Global Hybrid Movement sur Radio Campus Rennes.
Forts de nombreuses scènes partagées avec des compères de la scène électro aux sets tout aussi foisonnants et à l’aura scénique tout aussi vrombissante voire débordante (DJ Netik, Empire Dust, etc.), Fanfara Electronica retrouvera aussi l’expérience « live » déjà vécue avec DJ Tagada. Un featuring en prévision pour Nozorama ?

Soadan – Présentation @ festival Nozorama 2013, Vannes

Fraîchement débarqués de chez nous ou presque, les quatre musiciens de la Presqu’île de Rhuys jouent sur un répertoire au brassage rythmique ensoleillé. Héritées des inspirations musicales noires métisses affermies au gré de leurs collaborations avec des artistes afro-world tels Geoffrey Oryema, leurs compositions portent la couleur d’une immersion plus pêchue dans le patrimoine musical maloya et séga de l’île de La Réunion.
Oscillant entre sonorités traditionnelles et actuelles, électriques et acoustiques, Soadan transcende les styles en pariant aussi sur des fusions expérimentales avec des genres aux identités régionales fortes, comme la musique bretonne et la musique orientale-balkanique du klezmer. Au-delà de leur actualité de sortie d’album en octobre, la soirée Nozorama pourrait leur ouvrir quelques affinités…